Chronique·par Nicolas Becard·16 octobre 2026
Je change de nom, de Christine Angot
Christine Angot
Autour de Je change de nom
Christine Angot retrace la généalogie des hommes et surtout des femmes de sa famille : sous les règles d’attribution d’un patronyme se cachent des violences incommensurables. Un livre bouleversant.
Il est indéniable que ce nouveau livre marque un tournant dans la production littéraire de Christine Angot et annonce de très jolis textes à venir. Texte court, pas de temps à perdre. Pour annoncer la couleur, un incipit redoutable :
« Il faut connaître le nom de son ennemi,
et peut-être que, pour le connaître,
il faut le porter ».
Christine Angot y développe la généalogie des hommes et surtout des femmes de sa famille, en ressort une évidence. Sous les règles d’attribution, d’affiliation d’un patronyme se cachent souvent, voire toujours, des violences incommensurables.
A bien y réfléchir, il est certain que la famille de l’autrice n’est pas un cas à part, une sorte de lignée maudite, et que si chacun d’entre nous faisait le travail archéologique de fouiller le passé de nos ascendants, nous y découvririons des horreurs et blessures similaires.
Le paysage familial dépeint, Christine retrace sa propre vie, avec le moment fondateur de la publication de l’Inceste en 1999, et nous conduit jusqu’à la claque du film Une famille sorti en 2024.
C’est à ce moment du récit que la machine Angot se met en branle, des analyses qui vous décrochent la mâchoire, elle défonce les discours policés, sa pensée remontant à contre-courant la bien-pensance, savate le bla-bla de ceux qui ne savent pas et pourtant se répandent. Crochet du droit, du gauche, uppercut. Elle fonce, se jette au feu encore une fois, pas le choix.
Enfin, arrive ce fameux pied dans la porte, iconique et symbolique, geste incalculé, le geste avant la pensée. Geste d’exhumation faisant sauter le couvercle d’un tombeau de silence et de rejet.
Victoire vite effacée par une contre-attaque judiciaire et mensongère. On craint alors le pire pour Christine, l’abattement est terrible.
Puis une joie explose, rares sont les courriers administratifs de cet acabit. Restitution d’un bien spolié à 13 ans. Ce livre est bouleversant.
Bravo Mme Angot, enchanté de faire votre connaissance Mme Schwartz.
S.C.H.W.A.R.T.Z
Éditions Flammarion.
